France Nature Environnement HDF

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Dossier de presse : TROPICALIA, un projet à contre-courant du développement durable

La fédération régionale FRANCE NATURE ENVIRONNEMENT Hauts-de-France a rejoint rapidement le collectif NON A TROPICALIA qui se mobilise contre le projet de serre tropicale qu’on peut considérer comme à contre-courant d’une démarche de développement durable.

FNE Hauts-de-France s’est particulièrement intéressé à certains aspects et annonces faites par le porteur du projet :

  • Retour sur l’historique des informations mises à la disposition des citoyens

Du 26 novembre au 28 décembre 2018, les habitants des Hauts-de-France avaient pu prendre connaissance du projet Tropicalia prévu dans la future ZAC du Champ du Gretz situé entre Rang-du-Fliers et Verton près de Berck-sur-Mer.

Dans le rapport du commissaire-enquêteur, rendu public en janvier 2019, on y apprend que celui-ci a obtenu des compléments d’information quant à l’aspect financier du projet Tropicalia, fournis par M. Cédric GUERIN, porteur du projet :

  • « Le coût global du projet est de 54 M €.
  • La ventilation du financement du projet se répartit ainsi … 7 M € minimum de cofinancement FEDER (Fonds européens) / ADEME, enveloppe validée par la Région, en cours [comprendre en cours de validation] pour l’ADEME. »

« À ce jour, écrit le commissaire-enquêteur, le dossier est en cours de montage réglementaire, puisque le porteur de projet envisage de déposer le permis de construire au plus tard au 1er trimestre 2019, pour une ouverture envisagée mi 2021 ».

Le 28 mars 2019, le conseil régional des Hauts-de-France a voté une délibération pour accorder un prêt de 2 M€ à la SAS Opale Tropical Concept, sur la base d’un plan de financement présenté par M. GUERIN qui indique de nouveau dans les recettes 7 M € FEDER/ADEME.

On pouvait donc penser en 2019 que le plan financier était bien finalisé.

Le 18 février 2021, deux ans après l’enquête publique, FRANCE NATURE ENVIRONNEMENT Hauts-de-France a adressé un courrier au directeur régional de l’ADEME pour avoir communication de la décision de la commission chargée d’attribuer les subventions, concernant le projet Tropicalia.

Sa réponse est surprenante : « Pour faire suite à votre courrier, nous n’avons pas à ce jour reçu de demande de subvention de la part du maître d’ouvrage »

Le 26 juillet 2021, FRANCE NATURE ENVIRONNEMENT Hauts-de-France a adressé une demande similaire à la directrice Europe de la Région, mais elle ne nous a pas encore répondu.

Dès lors, quelle crédibilité apporter à un porteur de projet qui déclare en 2019 à un commissaire enquêteur et à des élus du Conseil régional, des recettes issues de fonds publics alors même que les dossiers de demande de subvention ADEME et probablement FEDER n’étaient pas encore déposés en mars 2021 !

  • Développement économique et création d’emplois

S’appuyant toujours sur les informations fournies par le porteur de projet, le commissaire -enquêteur écrit : « l’objectif fixé par l’entrepreneur est d’atteindre une fréquentation de 90 000 à 100 000 visiteurs par an, avec promesse de tarifs plus attractifs et table sur la proximité de Nausicaa ».

Que penser de ce raisonnement ? Être plus attractif que Nausicaa ou d’autres structures touristiques pour capter une clientèle ?

Il est illusoire de penser que le budget des familles est extensible. Le projet Tropicalia, s’il voit le jour, fragilisera les équilibres économiques d’établissements tournés vers la découverte des milieux naturels, comme Nausicaa, le parc ornithologique du Marquenterre ou d’autres, situés sur la côte d’opale.

  • « Tropicalia, ça démarre ! Un projet ambitieux en faveur de la biodiversité. Un véritable engagement vers un tourisme durable au travers d’une technologie innovante « , peut-on lire sur le site internet créé pour l’occasion.

Un projet en faveur de la biodiversité ?

Les associations de protection de la nature regroupées au sein de France Nature Environnement savent bien ce qu’il faut faire pour préserver la biodiversité dans les zones tropicales : le maintien des habitats naturels des espèces menacées et la lutte contre le commerce illégal de la faune sauvage et contre la déforestation.

« TROPICALIA se propose en effet d’accueillir ces espèces uniquement dans le cadre de placement d’individus détenus de manière irrégulière »

Très habilement, le porteur de projet veut régler le problème épineux des animaux saisis par l’Office français de la biodiversité OFB). Ce faisant, il récupérera gratuitement des individus d’espèces, parfois menacées de disparition, comme celles trouvées chez quatre personnes résidant dans les Hauts-de-France, dont un est gérant d’une animalerie (voir tableau).

La récupération d’individus d’espèces rares issues du commerce illégal ne réduit en aucune manière les menaces qui pèsent sur ces espèces. Au contraire, elle l’encourage, car l’exposition au public, quels que soient les messages d’information diffusés, suscitera l’envie d’en posséder d’autant plus facilement que des filières existent, à l’image de celle identifiée par l’OFB et dont les protagonistes viennent d’être condamnés par la Cour d’appel d’Amiens en 2021.

Un véritable engagement vers un tourisme durable ?

Curieuse justification de tourisme durable qui débute par la création d’une ZAC qui va détruire 14 ha de terres agricoles !

En prévoyant, comme c’est annoncé, d’accueillir 500 000 visiteurs l’année de l’ouverture, Tropicalia risque de fragiliser l’équilibre économique d’activités actuelles tournées vers la nature !

Au travers d’une technologie innovante ?

Le projet architectural s’appuie sur une structure métallique couverte d’une membrane en éthylène-tétrafluoroéthylène (ETFE). Même si l’ETFE présente une meilleure transparence et une meilleure isolation thermique que le verre, son bilan carbone est supérieur à celui du verre.

En outre, cette technologie n’est pas nouvelle puisqu’elle a bénéficié en France d’un avis technique du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) le 22 janvier 2010.

De même, le projet Tropicalia ressemble fortement à l’Eden Project construit au Royaume uni en 2000 et utilisant déjà l’ETFE.

Rien d’innovant donc, sauf l’intérêt de ce matériau pour des constructions s’appuyant sur l’énergie solaire passive pour réduire la consommation d’énergie pour le chauffage.

Dévoiement des fonds publics dédiés au développement durable

Le Conseil régional des Hauts-de-France a créé, avec les chambres de commerce et d’industrie, le fonds d’investissement REV3, pour s’engager dans la Troisième Révolution Industrielle et dans une démarche de développement durable.

Nous pensons que l’argent public doit être utilisé, prioritairement, pour financer la construction de bâtiments publics pour des activités d’intérêt général plutôt que pour financer des opérations commerciales privées.

Définitivement, le projet TROPICALIA est à contre-courant d’une démarche de développement durable.

Patrick THIERY

Vice-Président de FNE Hauts-de-France

Tableau récapitulatif des espèces détenues par les quatre personnes condamnées par la Cour d’Appel d’Amiens en 2021

espèceEcologieNiveau de menace classification UICNIntérêt financier
Caïman nain de CuvierCette espèce n’est présente qu’en GuyaneLC préoccupation mineure sur liste rouge nationale et mondiale des espèces menacées Prix sur internet : 500 €
Varan de Mac RaeEndémique* de l’île de Batanta en IndonésieEN = considéré comme en danger d’extinctionPrix sur internet : 1300€
Iguane des FidjiEndémique des Fidji, Vanuatu, WallisEN = considéré comme en danger d’extinctionPrix sur internet : 700 à 1000 €
Mygale saphireEndémique d’une petite région de l’Inde couvrant environ 100 km2CR = considérée comme en danger critique d’extinction. Inscrite sur la liste des 100 espèces animales les plus menacées au mondePrix sur internet : 500 €
Mygale Matoutou  Endémique de la Martinique, seule espèce d’araignée légalement protégée en France en raison de sa raréfaction. Mais cette protection n’enraye le commerce illégal  EN = considéré comme en danger d’extinctionEspèces très commercialisée Prix sur internet : 100 €
Mygale tigreVénézuela, GuyanaNon évaluéPrix sur internet : 100 €
Iguane vertAntilles et GuyaneNon évaluéPrix sur internet : 100 €
Dendrobate jaune et noirVénézuela, GuyanaNon évalué, diminution de son aire de répartition en raison de la destruction progressive de son habitatPrix sur internet :50 à 100 €
Dendrobate à TapirerGuyane, protection réglementaire aucune commercialisation possible. Dangereuse, sécrète un poison très toxiqueLC préoccupation mineure sur liste rouge mondiale des espèces menacéesPrix sur internet : 100 €
Phylobate bicoloreEndémique de la Colombie Considérée comme la grenouille la plus toxique au mondeEN = considéré comme en danger d’extinctionPrix sur internet : 100 €
Python regiusAfrique de l’OuestLC préoccupation mineure sur liste rouge mondiale des espèces menacéesPrix sur internet : 250 à 300 €*
Caméléon panthèreEndémique de MadagascarNA non applicablePrix sur internet : 150 à 200 €

*Endémique : caractérise une espèce qui n’est présente que dans cette région du monde

Au total plus de 60 animaux appartenant à 16 espèces de reptiles, amphibiens et araignées ont été saisis par l’Office français de la biodiversité et confiées à d’autres éleveurs amateurs.

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