« Tropicalia, matière à débat ? »

« Tropicalia, matière à débat ? »

A lire, la synthèse* du projet Tropicalia, réalisé par le Collectif écocitoyen de Montreuil-sur-Mer, créé en 2019 : les impacts environnementaux, économiques, sociaux et sociétaux d’un tel projet !

Créé en novembre 2019, le Collectif écocitoyen de Montreuil-sur-Mer et ses environs vise à mener des actions en faveur de la transition écologique sur le territoire et à éveiller sur ces enjeux. Sa vocation est également de créer des espaces d’échanges, de débats et de co-construction. En février 2020, la montée en puissance du projet Tropicalia, plus grande serre tropicale au monde, interpelle plusieurs membres du Collectif qui souhaitent permettre un débat constructif autour de ce sujet, celui-ci n’ayant jamais eu lieu.

Il est décidé de réaliser le présent document de synthèse pour informer, renseigner et générer des débats et échanges constructifs, transparents et respectueux.

Cette synthèse agrège ainsi, côte à côte, des arguments factuels, sourcés et fondés pour et contre le projet Tropicalia. Ces informations/arguments ne sont pris en compte que s’ils sont basés sur des faits ou décrivent des avis vérifiables et objectivables.  

Arguments pour et contre la plus grande serre tropicale au monde sur la Côte d’Opale (Pas de Calais) synthétisés par le Collectif écocitoyen de Montreuil-sur-Mer et ses environs

1) La promesse du territoire

a) L’identité du territoire

Arguments et avis plutôt pour le projetArguments et avis plutôt contre le projet
L’offre touristique que propose Tropicalia permettra de créer un maillage complémentaire avec les autres activités touristiques (Nausicaa, Bagatelle, le Marquenterre, le Dragon de Calais) en proposant une destination « Côte d’Opale » en générant des séjours plus longs et plus nombreux sur la côte.Foire Aux Questions, Tropicalia
« C’est un projet qui n’a pas d’équivalent en France et aura une dimension internationale car il faut avoir quelque chose de grand pour faire venir les gens en masse et non pas qu’une clientèle locale. » Cédric Guérin pour Challenges https://www.challenges.fr/energie-et-environnement/la-plus-grande-serre-tropicale-au-monde-va-t-elle-eclore-dans-le-pas-de-calais_694226 
L’identité de la côte d’Opale se caractérise par ses longues étendues de sable fin, ses paysages variés et ses espaces naturels préservés (dunes, forêts, baies, marais) mais aussi par une faune et une flore très riches (par exemple 70 espèces locales de papillons de jour, exclus de facto de la grande serre).Depuis des décennies, le patrimoine naturel et historique de la Côte d’Opale est mis en valeur par des passionnés qui ont su rendre attractive cette partie du littoral pour les visiteurs tout en conservant son authenticité. Avec un équipement de ce type, le risque est que le premier marqueur paysager rencontré par les visiteurs du territoire soit celui d’une serre tropicale surchauffée toute l’année en pleine zone d’activités commerciale, à proximité d’un centre hospitalier. Nausicaa à Boulogne-sur-Mer, tout comme Maréis à Etaples-sur-Mer, ont au moins l’avantage d’avoir un concept qui colle à l’identité de leur territoire : la mer et la pêche et dont les capitaux appartiennent en majorité aux communes gérantes.

Par ailleurs, développer le tourisme sur un territoire ne signifie pas forcément attirer toujours plus de visiteurs. Il peut au contraire s’agir de développer une offre qui mise plus sur le qualitatif que le quantitatif et c’est d’ailleurs ce vers quoi pourrait tendre la Côte d’Opale, en cohérence totale avec son identité et ses valeurs. Faire venir plus de touristes aux profils différents de ceux qui répondent à l’offre actuelle c’est sous-entendre un changement de stratégie d’attractivité touristique, un changement de la nature même de l’offre touristique proposée par le territoire.

Les aspirations de la région en termes de tourisme, en contradiction avec celles de Tropicalia : https://www.hautsdefrance-tourisme-congres.com/cadre-strategique/. « Notre région dispose d’atouts importants, avec de grands espaces naturels préservés, la richesse et la diversité de son offre culturelle, les valeurs humaines reconnues portées par ses habitants, constate le directeur du CRTC Jean-Philippe Gold. « Mais il faut aller encore plus loin, en proposant par exemple des massages ou des séances de relaxation dans son lieu d’hébergement, des produits du terroir, des activités nature, autant de solutions qui répondent à ces besoins de déconnexion, de réparation et de resserrement des liens, en un mot, de mieux-être.

b) L’émerveillement du visiteur par la serre tropicale

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Le maître mot de l’expérience est l’immersion. La température, l’humidité, l’architecture, la faune et la flore créeront une sensation unique de dépaysement. Le long d’un parcours de plus d’un kilomètre le visiteur évoluera dans une dizaine de paysages différents à la découverte de toute la splendeur du monde tropical : papillons, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons évolueront pour certains dans l’ensemble du volume de la serre et participeront à cette expérience unique. La durée de visite est d’environ 3h néanmoins, pour ceux qui souhaiteraient prendre le temps de s’attarder sur la microfaune, une journée est recommandée. En fonction du moment de l’année, la flore offrira des couleurs changeantes et la faune s’enrichira de nouvelles variétés de papillons.Foire Aux Questions, TropicaliaTropicalia offrira à ses visiteurs une expérience immersive dans un environnement d’envergure unique.20.000 m2 au sein de la plus grande serre tropicale du monde maintenue à une température ventilée de 26°C-28°C toute l’année.Une invitation au rêve et à l’émerveillement le long d’un parcours de plus d’un kilomètre.Un monde animal et végétal en parfait équilibre pour le plaisir des sens.Une porte ouverte vers la compréhension et le respect d’un écosystème fragile.Accessible tout au long de l’année, Tropicalia s’adresse à tous les publics. Page Facebook TropicaliaComme abordé durant la conférence, il existe 1000 façons d’émerveiller le visiteur à la nature. Tropicalia en est une parmi d’autres, il s’agit juste de respecter le point de vue de chacun sur cette question. Réponse de Cédric Guérin au communiqué du collectif éco-citoyen de Montreuil-sur-MerIl existe déjà sur notre territoire de nombreux espaces naturels facilement accessibles et gérés de manière durable comme par exemple les Grands sites de France de la Baie de Somme et des Deux Caps, le Marquenterre ou la Baie d’Authie et ses phoques. Depuis plusieurs décennies, un travail de longue haleine a été réalisé par les acteurs locaux et nationaux pour les mettre en valeur. L’attractivité de ce territoire réside d’ailleurs dans l’authenticité de ses espaces naturels exceptionnels. Emerveillement garanti ! Ce projet d’une serre tropicale va à contre-courant des nouvelles pratiques touristiques qui se tournent vers une recherche de simplicité et d’authenticité à l’instar du concept de slow tourisme. Le slow-tourisme, Atout France, Agence de Développement Touristique de la FranceDe plus, en allant un peu plus dans les terres à quelques kilomètres de la côte, des villages et vallées relativement méconnus du grand public peuvent offrir un paysage totalement dépaysant et authentique. Ces territoires ne demandent qu’à être vitalisés et dynamisés par un tourisme vert, slow, respectueux de l’environnement et de l’architecture locale. La faune et la flore locales de la Côte d’Opale sont une richesse exceptionnelle mais fragile qu’il convient de préserver. C’est aussi un magnifique support pour éduquer les jeunes et les moins jeunes, d’autant plus que celles-ci ne sont pas artificielles, contrairement à celles du projet Tropicalia qui prévoit d’importer des espèces tropicales dont la survie dépendra entièrement de la main de l’Homme.  

c) La pédagogie et la sensibilisation du grand public

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« Une porte ouverte vers la compréhension et le respect d’un écosystème fragile. » ( site officiel Tropicalia) La serre Tropicalia sera un formidable lieu de découverte de la nature , sensibilisant ainsi les plus jeunes et les moins jeunes à ses beautés. Le chemin longeant les cascades, serpentant dans la jungle, au milieu des animaux, permettra un émerveillement de tous. Un espace plus restreint, dédié aux papillons permettra une immersion plus totale du public et une proximité plus forte avec les espèces de la serre. Dans ce contexte, des écoles viendront elles aussi pour visiter et sans doute travailler avec leur élèves sur la thématique de la nature. Des panneaux de sensibilisation seront installés aux quatre coins de la serre. (informations données par M. Guérin lors de l’entrevue avec deux membres du collectif, en janvier 2020)Dans les différentes prises de parole des porteurs du projet, la pédagogie et la sensibilisation du grand public n’ont jamais été poussées ni développées. On peut logiquement se demander si, bien que présent, l’aspect pédagogique/éducatif sera l’un des principaux secteurs d’investissement du parc.Il ne va pas de soi que de proposer un espace naturel, même coloré et exotique, soit un vecteur suffisant pour sensibiliser le grand public aux enjeux écologiques du XXIème siècle, entre autres. Le simple fait de contrôler « sous cloche » une nature non endémique véhicule même plutôt symboliquement l’idée inverse : celle d’une humanité dominant faune et flore pour son propre compte.À ce jour, semble-t-il, il n’existe pas de partenariats entre Tropicalia et l’Education Nationale, ni de maquettes de supports pédagogiques.

2) La gouvernance et le juridique

a) Un projet inspiré de l’Eden Project

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L’Eden Project, dans les Cornouailles (Royaume-Uni) fait découvrir depuis 2001 des centaines d’espèces de papillons et de plantes exotiques à environ un million de visiteurs par an.Tropicalia revendique souvent comme exemple l’Eden Project. Mais l’Eden Project est un projet à but non lucratif (une “charity” en Angleterre). Les choix écologiques sont donc soumis à beaucoup plus de désintéressement et permettent une confiance dans le projet à l’avenir. Surtout, c’est un projet qui a été construit dans une ancienne carrière et l’idée était de montrer comment régénérer la nature, là où Tropicalia démarre sur un territoire naturel non endommagé à ce stade.“Le projet, soutenu par une fondation à but non lucratif, met l’accent sur la préservation des ressources et l’apport de la diversité végétale à la vie humaine.Les concepteurs d’Eden Projet réfutent le qualificatif de parc à thème. Le parc a été initialement créé pour démontrer la capacité d’utiliser la nature pour régénérer un site détérioré par l’activité humaine.”https://fr.wikipedia.org/wiki/Eden_Project
Nausicaa est aussi un projet détenu à plus de 85% par les collectivités publiques parce que c’était un projet de territoire. Son avenir n’est pas soumis à des tensions sur des marchés financiers ou des demandes de dividendes de ses actionnaires qui peuvent faire pression. Cela permet de faire des choix beaucoup plus engagés écologiquement.

b) Les statuts du projet

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Tropicalia n’est pas une entreprise d’économie sociale etsolidaire mais bien une entreprise destinée à générer des bénéfices comme toute entreprise privée Française et dans le monde. Il serait une erreur d’imaginer qu’une entreprise rentable ne puisse avoir un but louable. Heureusement de nombreux exemples existent. Réponse de Cédric Guérin au communiqué du collectif éco-citoyen de Montreuil-sur-MerD’après l’avis du commissaire enquêteur, certains fonds étrangers prédateurs ou FAMILLY Office ont été écartés pour préserver la stabilité de la gouvernance du projet, préserver la capacité d’autofinancement du projet en évitant que les bénéfices servent plus à la rémunération des actionnaires.Projet d’aménagement de la zone d’aménagement concerté (ZAC) du Champ Gretz de Rang-du-Fliers et Verton, conclusions du commissaire-enquêteur (novembre/décembre 2018)Bâti sur des statuts d’entreprises classiques avec un capital détenu par des privés dont on ne connaît pas les intentions, ni le nom, rien ne semble protéger le projet sur sa finalité ou son évolution.Par ailleurs, c’est une banque d’affaires londonienne (BFIN) qui se “présentera sur les marchés financiers pour lever des fonds” qui permettra de financer la majeure partie du projet (Rapport du commissaire enquêteur et La Voix du Nord du 29 mai 2019, Verton – Rang-du-Fliers Tropicalia franchit une étape de plus avec le dépôt du permis de construire), ce qui ne rassure pas sur la nature des fonds et les contraintes qui seront imposées au projet en contrepartie.Sans connaître la répartition des droits de vote et du capital, comment faire confiance au fondateur qui pourrait demain être contraint ou forcé par ses actionnaires d’agir dans une direction contraire à celle prônée aujourd’hui ?En effet, il n’est pas rare que les fondateurs de ce type de projets spéculatifs soient contraints de revoir la finalité de leurs projets sous la pression des investisseurs et actionnaires.Contrairement à ce que pense l’équipe de Tropicalia, choisir des statuts de l’Économie Sociale et Solidaire permet bien de faire des bénéfices, mais c’est la redistribution en dividendes qui est limitée, pour maximiser le réinvestissement dans l’entreprise et ses ressources humaines. C’est aussi la spéculation sur l’entreprise qui se voit réduite au travers des statuts de l’économie sociale et solidaire. Mais surtout ces statuts protègent sur la nature du projet, qui peut difficilement être déviée. Si le choix d’une entreprise dite “classique” a été fait, cela peut laisser penser que c’est d’abord pour rapporter des dividendes aux actionnaires qui investissent. En tout cas, le dilemme sera permanent pour les fondateurs qui devront se positionner  entre les dividendes à se redistribuer ou le réinvestissement dans des actions écologiques.
Tout cela questionne sur l’objectif de départ du projet, faire de l’argent sur la nature ou trouver de l’argent pour la nature ? Dans ce projet, on peut se demander si l’on n’en arrive pas à enfermer une nature exotique pour pouvoir faire payer l’accès à quelque chose de rare. Là où la nature et la diversité magnifique de notre territoire, pourtant en danger mais n’étant pas enfermable, n’intéresse pas vraiment les investisseurs. Prouver que de l’argent peut être fait en enfermant une nature venue de loin, c’est envoyer un mauvais signal et probablement inspirer d’autres acteurs économiques à faire la même chose ailleurs.

c) Un brevet comme garantie

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Si la solution est brevetée, c’est en raison des investissements nécessaire qui ont été mis en place pour trouver cette solution.Le brevet autour de la solution qui permet de produire de l’énergie n’est pas une garantie. Ce n’est pas non plus un argument valable de communication. Une technologie brevetée ne veut pas dire une technologie efficiente ni une solution d’avenir.  En effet, dans les périodes de crises, qu’elles soient sanitaires ou environnementales, il y a besoin d’accéder rapidement à des technologies à travailler collectivement. Par exemple, avec l’actualité du Covid, des milliers de personnes travaillent sur des solutions de respirateurs artificiels sans brevet pour en faciliter l’amélioration, la réplication et la réappropriation mondiale. Idem pour les masques et visières. COVID-19 : les makers à la rescousse pour fabriquer masques, gels et respirateursAinsi, c’est sans doute de technologies environnementales non brevetées dont la société a besoin pour faire face à la crise écologique en cours et c’est probablement vers cela que se tourneront demain les investissements publics dans la recherche. L’imprimante 3D est d’ailleurs arrivée dans les mains du grand public qu’une fois que le brevet s’est arrếté et que la solution est devenue accessible à tous. On en voit l’intérêt aujourd’hui.

3) L’impact économique

a) Les retombées économiques pour le territoire

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Tropicalia se présente comme facteur de développement du territoire avec des retombées économiques directes et indirectes en matière d’emploi, de tourisme et decommerce.Tropicalia table sur un demi-million de visiteurs par an, susceptibles de venir passer du temps sur le reste du territoire et ainsi développer l’économie touristique (hébergements, restauration, commerces… ).Lors de la conférence du 9 mars plusieurs entreprises locales étaient présentes pour attester ces retombées de chiffres d’affaires qui vont être générés par Tropicalia

Depuis l’été 2019 nous avons entamé une démarche de recensement des productions locales susceptibles d’intervenir dans l’approvisionnement de Tropicalia dans le cadre de l’offre restauration/séminaire. Nous souhaitons également proposer les productions locales et régionales dans notre boutique.

Nous vous invitons à prendre contact avec le CRT du Nord-Pas-de-Calais ou encore les offices de tourisme qui vous expliqueront qu’un euro investi dans un projet touristique représente plus d’un euro de retombées économiques sur la localité. Nausicaa génère environ 10 millions d’euros par an de retombées économiques sur le Boulonnais, vous trouverez facilement ces informations. Aujourd’hui l’hôtellerie et l’hôtellerie de plein air, les commerces sur Berck, Montreuil etc… se réjouissent de l’arrivée de Tropicalia, pensez-vous que tous ces commerçants se trompent ? Nous vous invitons également à vous rendre au zoo de Beauval pour interroger les commerçants des environs qui vous expliqueront l’importance de leurs CA liés à Beauval. Pour rappel, ce zoo dispose de nombreux restaurants, boutiques et de 3 hôtels.
Le projet Tropicalia semble souhaiter absorber autant que possible la manne financière et touristique qu’il va engendrer. D’après les documents fournis auxinvestisseurs, le profil des visiteurs de Tropicalia est constitué d’une famille qui viendra directement par l’autoroute pour passer quelques heures sur place, qui se restaurera sur place et achètera des souvenirs à la boutique sur place, voire se logera sur place, sachant qu’un projet de construction d’hôtel est prévu sur la zoneVerton Le chantier de Tropicalia pourrait démarrer avant 2020, un hôtel prévu, La Voix du Nord du 28 janvier 2019.Les dépenses seront élevées si l’on en juge par les tarifs annoncés :Entrée adulte : 24,90€ ; enfant : 19€Parking : 5€ / voitureVestiaire : 1€Projet d’aménagement de la zone d’aménagement concerté (ZAC) du Champ Gretz de Rang-du-Fliers et Verton, rapport du commissaire-enquêteur (novembre/décembre 2018)Soit pour une famille de 2 adultes et 2 enfants, un total de 93,80€, sans compter les dépenses optionnelles (boutique, restauration, hébergement…), ce qui représente près de la moitié du budget que les Français dépensent en moyenne pour partir en week-end. Aussi, on peut se demander si les visiteurs auront la possibilité de dépenser davantage d’argent sur le territoire.Les Français dépensent en moyenne 211 euros pour partir en week-end, Emmanuele Oesterlé, Le Figaro Economie, 27 mai 2017Rien ne prouve que les retombées économiques seront à la hauteur de l’investissement et qu’elles profiteront aux autres acteurs locaux. Il n’est pas toujours évident, en effet, de faire profiter d’une attraction touristique majeure ou d’un événement au rayonnement international, à l’ensemble d’un territoire. La localisation géographique de l’équipement ou de l’événement est primordiale : nul doute que l’Enduropale du Touquet engendre d’énormes retombées chez les commerçants touquettois et dans les villes et villages à proximité immédiate, nul doute non plus que les Rencontres Internationales du Cerf-Volant à Berck-sur-Mer (RICV) constituent l’incontournable de l’année pour les commerçants berckois.Mais qu’en sera-t-il de Tropicalia, qui en plus d’être situé aux portes de l’autoroute et excentré des stations touristiques de la Côte d’Opale, souhaite créer au sein même de sa propre structure tous les services (hôtel/restaurant/boutique, etc.) qui n’incitent pas les visiteurs à dépenser sur le reste du territoire. Les amateurs de Disneyland Paris ne visitent pas Marne-la-Vallée à la sortie du parc. L’interrogation et le doute sont donc légitimes dans ce contexte.  

b) La création d’emplois

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Environ une 50aine d’emplois directs permettront de dynamiser l’économie locale. De nombreux emplois indirects dans les services externalisés comme la restauration, la maintenance, l’entretien et la sécurité verront le jour. Foire Aux Questions, Tropicalia
Le projet prévoit la création d’un minimum de 35 emplois directs ainsi que d’une quarantaine d’emplois supplémentaires du fait de l’externalisation d’un certain nombre de services (sécurité, restauration, entretien,…), soit un total d’environ80 emplois.Délibération n°2019.00635 du 28 mars 2019, Conseil Régional des Hauts-de-France
Le projet a été prévu dans sa réalisation pour faire bénéficier les entreprises de construction régionales
Rapportés aux 75 millions d’investissement (dont 10 millions d’euros en subventions et prêts divers accordés par les différents acteurs publics, et donc par les contribuables), ces emplois directs représentent chacun un coût de l’ordre de 1,5 million d’euros sur la base de 50 emplois directs promis, alors que la délibération du Conseil Régional des Hauts-de-France en exige 35.“Le bénéficiaire s’engage également à : créer 35 emplois permanents en région Hauts-de-France, conformément au régime cadre exempté SA 40453, les créations d’emplois devront être effectuées dans les 3 ans suivant le démarrage de l’activité. L’ensemble de l’opération devrait créer 80 emplois”.Délibération modificative n°2019.01648 du 17 octobre 2019, Conseil Régional des Hauts-de-FranceMême s’il faut prendre en compte les emplois indirects, cela reste un investissement colossal et risqué pour pouvoir espérer créer un nombre encore incertain d’emplois.Des exemples montrent qu’il est possible de réaliser des investissements moindres pouvant générer autant d’emplois, comme le maraîchage. Ainsi, à Ungersheim, les jardins du Trèfle Rouge (d’une surface équivalente à celle de Tropicalia) ont permis l’insertion professionnelle de 50 personnes, tout en produisant 40 tonnes d’aliments destinés à nourrir 450 foyers, permettant ainsi l’autonomie alimentaire du village.Les jardins du trèfle rouge à Ungersheim : l’insertion à travers le maraîchage bioL’économie du territoire repose déjà beaucoup sur le tourisme, ce qui représente un risque, par manque de résilience, comme le montrent des périodes difficiles comme celle du Covid ou en préparation de futures crises écologiques et/ou économiques. Les enjeux actuels doivent favoriser la production locale de biens et de services de base, qui auront pour effet de générer un grand nombre d’emplois.

c) Un projet financé de manière importante par de l’argent public

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Les subventions accordées à Tropicalia ne concernent que la partie énergie renouvelable. En effet, il est beaucoup plus onéreux de produire une solution « verte » que polluante (chaudière fioul) c’est la raison pour laquelle les fonds d’aide (FEDER et ADEME) sont appelés à participer à 50% du financement de la solution écologique. En d’autres termes, si ces enveloppes budgétaires « énergies vertes » n’étaient pas attribuées à Tropicalia elles seraient attribuées obligatoirement pour le financement d’un parc éolien ou photovoltaïque. C’est une méconnaissance du système de subvention qui vous pousse à croire que l’on peut transformer une subvention énergie en une subvention pour l’emploi. Il est important de bien comprendre que ces subventions existent également pour le particulier. Lorsqu’un particulier change sa chaudière pour une pompe à chaleur, il bénéficie également d’une subvention sur le matériel via une réduction d’impôt. Les subventions octroyées à Tropicalia font parties du même mécanisme mais adaptées aux entreprises.La région a accordé un prêt de 2 millions d’euros (sous certaines conditions). Ce prêt est à un taux de 3% avec un différé de 2 ans amortissable en 7 ans.Tropicalia bénéficiera de financements publics répartis comme suit :ADEME / FEDER :            10 000 000 € (subvention)Région Hauts-de-France :   2 000 000 €                  (prêt remboursable à 3%)CA2BM :   400 000 €                          (avance remboursable)Total d’argent public :        12 400 000 €Délibération modificative n°2019.01648 du 17 octobre 2019, Conseil Régional des Hauts-de-FranceTropicalia va bénéficier d’une subvention ADEME/FEDER de 10 millions d’euros consacrée à la réduction de sa consommation d’énergie. Or, cette énergie ne serait pas dépensée si le projet n’existait pas. Ces financements pourraient dès lors être attribués à des entreprises qui polluent aujourd’hui pour réduire leur consommation énergétique, ou mettre en place directement du parc éolien ou photovoltaïque.La Région Hauts-de-France va financer, via un prêt de 2 millions d’euros ce projet, dont l’un des objectifs annoncés serait de préserver la faune locale par la création d’un centre de soins. Dans le même temps, le Conseil régional des Hauts-de-France supprime les aides financières à une trentaine d’associations, liées à l’action sociale et à l’environnement qui œuvraient déjà en ce sens depuis de nombreuses années menaçant ainsi environ une cinquantaine emplois. Hauts-de-France: Quand association ne rime plus avec subvention, dans l’environnement, 20 Minutes, Gilles Durand, 31 janvier 2018.

4) Un parc zoologique 2.0

a) La captivité des animaux

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Les animaux seront en semi-liberté dans l’ensemble des 350.000 m³ de la serre. Foire Aux Questions, TropicaliaPlus grande serre à papillons au monde, Tropicalia accueillera près de80 espèces de lépidoptères, soit en permanence 8000 papillons vivant en complète liberté.Communiqué de presse officiel TropicaliaA l’heure où une conscience collective s’éveille et s’insurge contre la captivité des animaux (cirques, zoos, élevages industriels), Tropicalia présente un projet tourné résolument vers le passé en voulant enfermer papillons, oiseaux, poissons et reptiles du bout du monde, bref un zoo 2.0. Son concept même est à l’opposé de la prise de conscience actuelle. Au lieu de proposer un rapport authentique avec la nature, Tropicalia met « sous cloche » une nature artificialisée. La sensibilisation des visiteurs sert de prétexte à un projet de « parc d’attractions à thème tropical ».“Les espèces exotiques envahissantes appartenant aux oiseaux seront éjointés pour empêcher les risques de fuite.”Projet de construction d’une serre tropicale sur les communes de Rang-du-Fliers et de Verton (62), Note complémentaire à l’étude d’impact et réponse à l’avis de la MRAE n°2019-3685 et à Territoire 62 – 10 septembre 2019L’éjointage est une pratique qui consiste à couper le bout de l’aile des oiseaux d’élevage afin de les empêcher de voler. La chirurgie d’éjointage correspond une amputation des carpométacarpes (c’est à dire l’équivalent des os de la main chez l’humain), nécessairement réalisée par un vétérinaire, sous anesthésie générale, avec les mesures d’asepsie et d’hémostase adaptées. Une pratique moins invasive consiste à simplement couper les rémiges (les grandes plumes) d’un seul côté afin de déséquilibrer l’oiseau qui ne peut donc plus voler.Tropicalia indique :  “Nos papillons proviendront de différentes fermes d’élevage dans le monde dont celle de Mathieu de Goulaine”. (Publication instagram Tropicalia du 18 avril 2020). Il est question de 1000 chrysalides importées par semaine (Article Tendance Hotellerie)Pour information, dans le château familial qu’il possède, Mathieu de Goulaine a adopté une position inverse à celle de Tropicalia pour émerveiller son public : en 2014, il a décidé de fermer la volière aux papillons tropicaux que son père avait créée en 1957, désirant désormais créer un jardin de papillons autochtones, à l’air libre. Il l’explique pour les raisons suivantes :“La volière aux papillons est fermée. Notre souhait est de montrer, un jour, des papillons de nos régions. Le projet est de créer un jardin de papillons autochtones, à l’air libre, avec une flore précisément choisie. Cela se présentera sous forme d’un jardin où le visiteur pourra s’asseoir, se promener, flâner, lire…La volière aux papillons imposait d’importer des papillons tropicaux (une fois par semaine) qui vivaient leur courte vie, sans même pouvoir se reproduire. Le rôle du futur jardin serait de favoriser la protection de nos espèces, qui hélas, se raréfient en Europe.”La volière aux papillons du château de Goulaine, fermée depuis 2014.

b) Un lieu de conservation et de reproduction

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Tropicalia ambitionne également d’agir au niveau local dans la protection de la nature :- En participant et favorisant les projets de protection au travers de sa future fondation.- En devenant un centre de conservation et de reproduction pour certaines espèces menacées dans le but de leur réintroduction dans le milieu naturel.- En finançant des programmes de recherche.https://www.tropicalia.org/assets/brochure/Tropicalia-FAQ.pdfConcernant la biodiversité, l’équipe de tropicalia travaille également avec le CNRS de Cayenne « LabEx centre d’étude de la biodiversité amazonienne ». Les installations de Tropicalia permettront d’accueillir des chercheurs, participer aux financements de thèses de doctorat, conférence etc… Nous vous invitons à revoir le replay de la conférence du 9 mars où le porteur du projet explique la façon dont justement les papillons indigènes de notre belle région seront élevés en quantité pour être relâchés ensuite dans le nature, et ce, avec les écoles de l’agglomération. Réponse de Cédric Guérin au communiqué du collectif écocitoyen de MontreuilLa promesse de création d’un centre de soins pour la faune locale n’est qu’un prétexte et ne doit en aucun cas être une compensation à la création d’un système artificiel sur un milieu naturel.  L’objectif affiché de Tropicalia sur un programme de réintroduction d’espèces menacées dans leur milieu naturel est difficilement concevable, au vu des résultats connus dans les différents parcs zoologiques.“Si l’objectif affirmé d’un parc animalier est celui de la protection animale, alors la réintroduction d’une espèce, dans un habitat sûr, devrait être leur but ultime. Depuis la création en 1980 du ZooParc de Beauval (Loir-et-Cher), l’un des plus grands parcs d’Europe, deux réintroductions d’animaux captifs ont été mises en place. La première date de mai 2017 avec deux langurs de Java, nés à Beauval et réintroduits dans la réserve de Pusubgrawung, à l’est de l’île de Java. La seconde concerne deux femelles gorilles nées au zoo de Beauval qui ont rejoint le Gabon en juin 2018. En septembre dernier, l’une des deux gorilles est décédée.”Les parcs zoologiques contribuent-ils vraiment à la protection animale ? Marion Thorin, Ouest-France, 5 février 2020A la différence d’un Muséum d’histoire naturelle, Tropicalia affiche peu d’ambition et de partenariats scientifiques sérieux.

c) Le risque de contamination de la faune et de la flore locale et de l’humain

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Il n’y a pas risque de dissémination pour plusieurs raisons :- Les accès seront sécurisés par des SAS- Les ouvertures de ventilation par des grillesCes mesures seront validées par l’autorité compétente en amont de l’ouverture au public.De plus, il est important de préciser qu’aucune espèce animale ou végétale de Tropicalia ne pourrait survivre sous nos latitudes puisque la température descend en dessous de 10°C.Foire Aux Questions, TropicaliaAujourd’hui à notre connaissance, aucune des nombreuses serres tropicales en France n’a été incriminée dans la contamination dans le milieu sauvage de plantes et animaux tropicaux. Dans la présentation du 9 mars les explications ont été présentées, nous restons dans l’attente des preuves que vous pourriez fournir pour étayer vos affirmations. Réponse de Cédric Guérin au communiqué du collectif éco-citoyen de Montreuil-sur-MerLa question se pose quant au risque de remplacement ou de contamination de la flore et de la faune locale par des espèces invasives acclimatées, quand bien même des sas de sécurité seront présents, rien n’empêche un visiteur de prélever volontairement ou non des variétés de plantes ou d’animaux à l’intérieur de la serre (boutures, graines, papillons).Tropicalia importera chaque semaine 1000 chrysalides de papillons provenant de différentes fermes d’élevage situées dans des zones sauvages de plusieurs régions du monde (Afrique, Amérique du Sud, Malaisie) comme précisé dans le communiqué de presse de Tropicalia : Tropicalia : le nouveau projet touristique de la région Hauts-de-FranceLa récente actualité liée au Covid-19 crée une crainte peut-être exagérée mais légitime : elle démontre que l’interaction entre les animaux sauvages et les actions humaines, et notamment le déplacement d’espèces animales à travers le monde, favorise la propagation de différents types de virus pouvant générer des zoonoses comme l’indique l’article suivant : L’être humain est responsable de l’émergence de nouveaux virus, Julie Kern,  Futura-Sciences, 29 mars 2020. D’autre part, le risque de susciter l’envie de posséder des espèces exotiques chez soi, ne doit pas être négligé. Nous pouvons constater les dégâts que font les espèces tropicales arrivées dans les villes, notamment les perruches, bernaches du Canada qui peuvent rapidement devenir invasives et déséquilibrer l’écosystème local. Pour ne citer qu’un exemple, voici un article exposant la situation à Roubaix : Curiosité, la présence des perruches à Roubaix pose aussi des questions, Marc Grosclaude, La Voix du Nord du 16 octobre 2011.

5) L’impact environnemental

a) L’espace pris par le projet

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Tropicalia s’implante sur le Champ de Gretz à Verton et Rang-du-Fliers, sur une surface de 9,3 hectares. Les surfaces artificielles ne représentent que 4 hectares, soit environ 40% de cette surface.Le Champ de Gretz est une ZAC (Zone d’Aménagement Concerté) qui est destinée à être bâtie depuis le début des années 2010. L’arrivée de Tropicalia sur la ZAC permettra de préserver une grande surface naturelle en créant des espaces verts et zones de promenades.Foire Aux Questions, TropicaliaLe projet Tropicalia participe à l’artificialisation des sols en bétonnant plusieurs hectares de terres agricoles alors que les surfaces artificialisées du Pas-de-Calais atteignent déjà 15% contre 10% au niveau national.
http://draaf.hauts-de-france.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/1-le-territoire_cle0e376c.pdf Tropicalia a renoncé à un sol perméable avec pavés drainants. Trop cher, mais c’est un signe de renoncement inquiétant au regard des exigences environnementales affichées comme l’indique l’étude d’impact : “À la suite de l’avis de l’Autorité environnementale, il faut préciser que des solutions d’aménagement conduisant à une moindre imperméabilisation des sols ont été étudiées. Ceux-ci concernent notamment la transformation de places de parking imperméables en surface perméable avec des pavés drainants. Cette solution environnementalement intéressante n’a pas pu être retenue pour des raisons budgétaires (coût supplémentaire de plus d’un demi-million d’euros pour les parkings drainants).”Projet de construction d’une serre tropicale sur les communes de Rang-du-Fliers et de Verton (62), Note complémentaire à l’étude d’impact et réponse à l’avis de la MRAE n°2019-3685 et à Territoire 62 – 10 septembre 2019Tout comme Nausicaa qui se présente comme le plus grand aquarium d’Europe, et qui a dû par conséquent s’agrandir et empiéter sur l’un des rares parcs du Boulonnais, Tropicalia, en communiquant sur le fait d’être la plus grande serre tropicale au monde, devra régulièrement s’agrandir pour pouvoir rester dans la course. Si l’on parle aujourd’hui de quelques hectares laissés verts à ce stade autour du projet, il est très probable qu’à l’avenir, ceux-ci soient promis à la construction par l’agrandissement de la serre. C’est par ailleurs ce qu’a dit Nicolas Fourcroy, un des porteurs du projet en prévoyant un agrandissement tous les 5 ans, ou ce que l’on trouve dans les conclusions et avis du commissaire enquêteur “Un investissement à court/moyen terme permettant une valorisation du projet à horizon 2025 afin de permettre d’aborder dans les meilleures conditions la phase suivante de l’investissement (refinancement de la dette à meilleur taux, extension de TROPICALIA)”Berck : une immense serre tropicale bientôt construite à Rang-du-Fliers, reportage France 3 Hauts-de-France, 23 mars 2018.Projet d’aménagement de la zone d’aménagement concerté (ZAC) du Champ Gretz de Rang-du-Fliers et Verton, conclusions du commissaire-enquêteur (novembre/décembre 2018)

b) Consommation d’énergie et empreinte carbone

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Comme dans toute construction aujourd’hui, de la maison du particulier à la construction d’une usine ou d’une serre il y a une émission de CO2. Contrairement à toutes les autres constructions, la captation de carbone via la végétation tropicale et la réduction des émissions de carbone par l’envoi de chaleur aux voisins de Tropicalia permettra de compenser cette dépense initiale dans le temps. Tropicalia sera l’un des rares bâtiments de ce genre. Lors de la conférence du 9 mars dernier le temps de parole a été donné à environ 30% à Mr Zémouri l’inventeur du système d’échange thermique « Terraotherm » avec qui nous avons un partenariat de conception depuis déjà 2 ans. Mr Zémouri a reçu de nombreuses récompenses, salué par EELV, Cap3RI et travaille activement sur la dépollution du métro parisien et des fumées des usines métallurgiques. Le sérieux de ce physicien professeur d’université n’est plus à démontrer. Nous espérons également que le dispositif technologique mis en place à Tropicalia permettra, au-delà de la réduction des énergies fossiles de ses voisins, une duplication dans le monde afin de réduire l’impact en carbone d’un maximum de serres horticoles ou maraîchèresRéponse de Cédric Guérin au communiqué du collectif éco-citoyen de Montreuil-sur-MerGrâce à son système de recyclage thermique innovant, Tropicalia sera autonome pour ses besoins en chaleur tout au long de l’année. De plus, Tropicalia exportera environ 2000 MW/h/an à ses voisins et évitera ainsi la consommation de 227.000 Litres de fioul par an ou son équivalent dans d’autres carburants fossiles !En tant que démonstrateur, Tropicalia souhaite promouvoir cette technologie sur d’autres installations dans le monde : serres horticoles, immeubles, centre urbain etc… et ainsi réduire de façon importante les émissions de gaz à effet de serre. C’est pour ces raisons que Tropicalia est un enjeu écologique qui justifie l’important investissement financier réalisé.Foire Aux Questions, TropicaliaL’argument de la production d’énergie propre ne tient pas car elle ne concerne que la production de chaleur. Or, le bilan carbone  pour la fabrication des matériaux, leur acheminement, la construction, le fonctionnement (lumière artificielle, production et acheminement des plantes, élevage et transport des animaux) sera colossal De plus, comme beaucoup de “grands projets”, l’échec n’est pas prévu : si la serre de Tropicalia devait faire faillite, le risque de la voir se délabrer dans le paysage comme l’hoverport de Boulogne-sur-Mer ou les géants de feu du parc Mirapolis de Cergy (95) seraient réels. Également, la question du support des coûts d’une remise en l’état du terrain, se pose.Par ailleurs la solution de l’échangeur thermique Terraotherm ne semble pas être assurée en terme de résultats comme la piscine de Lillebonne en parle dans cet article :“L’objectif de départ était de diminuer les consommations énergétiques », se rappelle Christian Lemaître, « Nous avons donc signé un contrat de performance énergétique avec un prestataire – Dalkia – dans l’objectif de faire diminuer les consommations d’énergie de 25 %, à l’échelle de nos bassins ». Sur celle de Lillebonne qui intègre cette technologie Terrao®, un investissement de 600 000 euros a été consenti avec l’installation de deux pompes à chaleur. […] Sur le plan énergétique, « nous n’atteignons pas le cap des 25 % d’économies. Pas suffisant semble-t-il pour étendre le dispositif aux quatre autres centres aquatiques de la communauté de communes.”Lillebonne : bilan mitigé pour l’échangeur thermique de la piscine, Acteurs du Sport, David Picot, 26 mars 2019 alors qu’un article de 2017 présentait le projet avec beaucoup d’espoirs Si la solution semble bien fonctionner pour dépolluer l’air et régler l’hygrométrie, (indispensable sous une serre chauffée et arrosée), aucun retour d’expérience positif prouvant sa capacité à réduire la consommation d’énergie n’a été trouvé. Le seul retour documenté public est celui de Lillebonne, qui est négatif.
De plus, même s’il est dit pour la chaleur qu’il “n’y aura aucun recours à l’énergie fossile car aucune chaudière ne sera requise », l’inventeur de la solution rappelle que « Toutefois, nous aurons recours à l’énergie électrique pour alimenter les échangeurs, les ventilateurs et les pompes.” L’autonomie affichée de Tropicalia est donc toute relative car dépendante d’autres sources d’énergie.  Plus globalement, concernant l’empreinte carbone du projet, Tropicalia compte acheminer 1000 papillons tropicaux par semaine en avion (Article Tendance Hotellerie). A cela sont attendus chaque année, entre 480 et 700 000 visiteurs, comme l’indique cet article de la revue Challenges. Sachant que certains viendront des alentours et d’autres de plus loin, comme le suggère Tropicalia : “C’est un projet qui n’a pas d’équivalent en France et aura une dimension internationale car il faut avoir quelque chose de grand pour faire venir les gens en masse et non pas qu’une clientèle locale ». Pour les visiteurs venant de la zone de chalandise de Tropicalia,  des milliers d’allers-retours en véhicules émetteurs de CO2 généreront une quantité très importante de gaz à effet de serre, ce qui va à l’encontre même de l’essence du projet qui se veut écologique. La plus grande serre tropicale au monde va t-elle éclore dans le Pas-de-Calais?L’équipe de Tropicalia met en avant son expert scientifique dont l’expérience ne nécessiterait plus de démonstration. La fermeture de sa première entreprise ou le cas de la piscine de Lillebonne amènent à atténuer ces propos, rien ne permet de prédire l’avenir avec autant de certitudes.Osyris : la clé sous la porte

c) Le réseau urbain

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L’emplacement a été également choisi pour permettre au plus grand nombre d’utiliser les transports en commun. Un accès direct à pied depuis la gare avec des lignes de bus verra le jour. Un raccordement à la route Eurovelo du littoral est également envisagé ; Tout sera mis en oeuvre pour privilégier l’accès à Tropicalia via des mobilités douces !Foire Aux Questions, TropicaliaNous vous proposons de réaliser votre propre étude trafic pour une comparaison avec celle réalisée par une agence spécialisée EGIS et validée par le département. Notre étude trafic reste à votre disposition si vous le désirez. Tropicalia ne bénéficie d’aucune aide pour l’aménagement de travaux annexes et notamment d’aménagement de voiries. Réponse de Cédric Guérin au communiqué du collectif éco-citoyen de Montreuil-sur-MerTropicalia souhaite faire venir les gens de loin et en masse. Comme dit plus haut : « C’est un projet qui n’a pas d’équivalent en France et aura une dimension internationale car il faut avoir quelque chose de grand pour faire venir les gens en masse et non pas qu’une clientèle locale » (La plus grande serre tropicale au monde va t-elle éclore dans le Pas-de-Calais?, Challenge, Laure-Emmanuelle Husson, 17 janvier 2020)Tropicalia attend la venue de 500 000 visiteurs par an. Usant de l’argument des transports verts, il ne prévoit que 20 000 visiteurs (4%) utilisant le vélo ou la voiture électrique. D’ailleurs, il ne réservera que 44 places pour les utilisateurs de vélos. A contrario, 88% (440 000 visiteurs) viendront en véhicule émetteur de CO2 (comme exposé plus haut) Projet d’aménagement de la zone d’aménagement concerté (ZAC) du Champ Gretz de Rang-du-Fliers et Verton, rapport du commissaire-enquêteur (novembre/décembre 2018) Réunion publique Tropicalia du 9 mars 2020, et Document de présentation au GDEAMTropicalia aurait pour conséquence un potentiel engorgement des voies d’accès menant jusqu’au centre hospitalier, alors que les embouteillages depuis la sortie d’autoroute sont déjà importants en période d’affluence (Rencontres Internationales des Cerfs Volants, saison estivale, week-ends prolongés)

6) Vision et finalité

a) Finalité du projet, vision de société proposée

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“C’est un projet qui n’a pas d’équivalent en France et aura une dimension internationale car il faut avoir quelque chose de grand pour faire venir les gens en masse et non pas qu’une clientèle locale. » – Cédric Guerin Challenges.fr – janvier 2020Les rapports du GIEC expliquent que l’humanité vit une crise écologique majeure sans précédent qu’elle a elle même accentuée ou générée: disparition de la biodiversité, dérèglement climatique en tête. Les crises climatiques impactent d’ailleurs déjà les espèces terrestres dont l’Homme lui même.En 2018 des millions de citoyens du monde entier ont d’ailleurs exprimé leur envie de fonctionner autrement , « c’est encore possible mais il faudrait des changements sans précédents » exprime les scientifiques du GIEC dans leur communiqué de presse d’octobre 2018.Une partie des critiques à l’encontre de la serre Tropicalia viennent du fait qu’elle se positionne comme la plus grande au monde pour favoriser un tourisme de masse. Cela renforce l’idéologie de l’être humain prédateur, en compétition mondiale pour dominer toujours plus, peu importe l’impact sur la nature. Même si Tropicalia réussissait à limiter son impact écologique, son objet principal, recréer une serre tropicale enfermant des espèces venant du bout du monde, n’adresse pas de réponse directe à la crise. Alors même que tout porte à croire qu’il y a nécessité de changer de logiciel pour flécher des investissements plus sobres, plus locaux, plus coopératifs et surtout véhiculant l’idée nécessaire que l’être humain fait partie intégrante de son environnement.

*Cette synthèse réalisée en mars 2020 pourrait par certains éléments etre réactualisée, mais les derniers effets d’annonces des porteurs de Tropicalia ne modifient en rien ces réflexions des membres du collectif de Montreuil, ni celles du collectif Non à Tropicalia.

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